Jean-Marc Jancovici : Consultant énergétique renommé et controversé, découvrez ses perspectives sur le climat
Jean-Marc Jancovici est une figure incontournable dans le domaine de la transition énergétique et du climat. En tant que consultant énergétique renommé, il a suscité à la fois admiration et controverse. Sa passion pour les enjeux environnementaux l’a propulsé sur le devant de la scène, où il partage ses perspectives uniques sur le climat et propose des solutions innovantes. Dans cet article, nous évoquerons quelques controverses autour de Jean-Marc Jancovici, avant de revenir sur ce pourquoi son discours nous semble important aujourd’hui. Découvrez les idées clés de ce consultant énergétique controversé, ainsi que ses analyses approfondies sur la transition énergétique et les défis climatiques auxquels notre société est confrontée.
Jancovici est critiqué de manière virulente par certains médias
D’un côté le service public l’accueille très favorablement, et ses conférences sur Youtube suscitent un véritable engouement, mais la perception de l’expert en transition énergétique par les médias n’est pas sans controverse :
- dans un article paru sur Reporterre, intitulé « Nucléaire : les allégations mensongères de Jean-Marc Jancovici », l’auteur soulève des doutes quant à la véracité des informations relayées par le consultant énergétique renommé dans le domaine de l’énergie nucléaire.
- De son côté, Stéphane His, dans La Croix, prétend corriger des erreurs qu’il affirme avoir trouvées dans la bande dessinée intitulée « Le Monde sans fin ».
- Sur Cnews, Pascal Praud le présente comme un « philosophe » (sic) et ingénieur, dénué de toute autorité. Goldnadel insiste, en soulignant l’accueil de « rock-star » qui est réservé à l’ingénieur sur France Inter par Léa Salamé. On peut comprendre que Jancovici n’est pour eux qu’un pape vert de pacotille, une égérie du gauchisme bobo écolo. A aucun moment n’est construit un véritable examen approfondi du débat. Il est intéressant de noter que Jancovici semble éviter les apparitions sur Cnews en raison de l’importance accordée par la chaîne à la personnalité d’Éric Zemmour. Cette situation ne contribue pas à élever le débat non plus.
- Sur Cnews toujours, dans les Visiteurs du soir du samedi 10 juin, Ferghane Azihari, auteur de “Les écologistes contre la modernité”, se révèle un nouveau contradicteur de Jancovici. Azihari nous semble être un techno-optimiste, il parle assez vite et de façon très structurée, avec une assurance qui n’est pas sans nous rappeler le cliché négatif de l’ancien élève des grandes écoles (le fameux « technocrate », qui hante les sphères du pouvoir français depuis quelques gouvernements). En réponse à une question de Taddeï sur la limitation des accès aux voyages aériens (proposition de Jancovici largement médiatisée ces derniers mois), Azihari rétorque qu’on n’a pas besoin de rationnement, de “mesure sacrificielle à impact nul”. D’après lui on peut réduire nos émissions sans recourir à ce type de solution drastique, car il estime que les sciences et techniques ont suffisamment progressé pour nous permettre de sortir du danger qui nous guette. Deux autres invités (dont Nathanaël Wallenhorst, co-auteur de “Vortex – Faire face à l’anthropocène ») émettent des réserves, sans pour autant prendre explicitement la défense de l’ingénieur français : ils défendent des points de vue de bon sens et de prudence, se rappelant peut-être l’antique notion d’hybris, par laquelle nos ancêtres grecs désignaient les attitudes excessives.
Ainsi, la question se pose : les thèses de Jancovici méritent-elles qu’on s’y intéresse ?
L’autorité de Jancovici
Jean-Marc Jancovici est une figure d’autorité dans le domaine de l’énergie et du climat, et son expertise est démontrée par plusieurs indices :
- Formation et carrière : Jancovici est un ingénieur diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris. Il a co-fondé et est associé à la société de conseil Carbone 4, et est le président fondateur du think-tank The Shift Project [2].
- Contributions académiques et professionnelles : Jancovici est l’auteur et le principal développeur de la principale méthode française de comptabilité carbone, l’outil Bilan Carbone pour la Mission interministérielle française sur les gaz à effet de serre. Il a également enseigné à Mines ParisTech sur les bases de l’énergie et du changement climatique.
- Publications et conférences : Jancovici est l’auteur de huit livres et a écrit pour plusieurs médias français. Il est également un conférencier populaire, avec de nombreuses conférences disponibles sur YouTube. Ses livres « Le changement climatique expliqué à ma fille » et « Le plein s’il vous plaît » se sont chacun vendus à 35 000 exemplaires [3].
- Reconnaissance et influence : Jancovici est largement reconnu pour son expertise en matière d’énergie et de climat. Il a une large audience qui le suit sur son site web et sa chaîne YouTube, et ses posts sur LinkedIn sont suivis par 353 000 abonnés.
- Propositions et plans : En tant que président du groupe de réflexion The Shift Project, Jancovici propose un plan pour réduire drastiquement les émissions de CO2 dans tous les secteurs économiques. Ce plan est le résultat de deux ans de travail pour définir les contours d’une France décarbonée [1].
- Présence médiatique : Jancovici est régulièrement invité dans les médias pour discuter de ses idées et de ses propositions. Par exemple, il a récemment été l’invité de l’émission « Le Grand Entretien » sur France Inter [Video].
En somme, l’autorité de JeanJean-Marc Jancovici est une figure d’autorité dans le domaine de l’énergie et du climat
La situation de notre société selon Jancovici
Reprenons les grands traits de la pensée de l’ingénieur spécialisé dans le domaine climatique à travers la récente conférence de l’École de Guerre de Paris « Energies, climat, souveraineté et sécurité » (25 mai 2023).
Jancovici appelle à un changement de mode de vie et à une réduction de notre dépendance à l’énergie fossile. Il estime que la logique de croissance actuelle n’est plus soutenable et que nous devons agir rapidement et de manière planifiée pour faire face à l’urgence climatique.
Le premier défi : comment fonctionner avec de moins en moins de pétrole ?
Il mentionne un travail effectué par The Shift Project, qui a examiné la production future de pétrole des 16 principaux fournisseurs de l’Europe. Selon cette étude, la production de pétrole de ces pays devrait être divisée par deux d’ici 2050. Cela signifie que leurs exportations seront probablement réduites de manière encore plus significative, car ces pays conserveront une part croissante du pétrole restant pour leur propre usage.
Jancovici souligne que cela pose un réel problème d’approvisionnement en carburant pour l’Europe. Il suggère que des décisions devront être prises pour déterminer quelles sont les priorités en matière d’utilisation du pétrole restant.
Le deuxième défi : comment fonctionner avec de moins en moins de gaz ?
Jean-Marc Jancovici aborde le défi futur de la diminution de la disponibilité du gaz. Il mentionne un travail effectué par The Shift Project, qui a examiné la production future de gaz. Selon cette étude, la production mondiale de gaz devrait atteindre son pic aux alentours de 2030. Cela soulève également des questions sur l’approvisionnement en carburant pour l’Europe.
Il suggère également que la sobriété énergétique pourrait poser un problème pour les militaires, car elle pourrait affaiblir la base arrière qui fournit une partie du « muscle » nécessaire à la défense. Il explique que la puissance globale de l’ensemble du parc de machines disponibles sur Terre a démultiplié la puissance musculaire des humains par environ 200. Cela signifie que la quantité de transformation que nous sommes capables d’effectuer dans le monde grâce aux machines est environ 200 fois plus importante que si nous n’avions que les muscles humains pour transformer la matière autour de nous.
Jancovici conclut en soulignant que l’économie mondiale est directement liée à la quantité de machines que nous pouvons faire fonctionner.
Les rapports entre énergie et économie
Jean-Marc Jancovici aborde l’impact de la diminution de l’approvisionnement en énergie sur l’économie. Il explique que la croissance économique est directement liée à la quantité d’énergie disponible. Par exemple, pendant les Trente Glorieuses, l’énergie en France augmentait chaque année d’environ 5%, ce qui correspondait à une croissance du PIB de 5 à 6% par an. Cependant, depuis 2008, l’approvisionnement en énergie a commencé à diminuer, ce qui a entraîné une décroissance économique.
Jancovici souligne que cette diminution de l’approvisionnement en énergie a des implications pour le budget de l’État, car la majorité des recettes fiscales sont des fractions du PIB. Il suggère que dans un contexte de décroissance économique, les recettes fiscales ne croissent plus, ce qui rend les arbitrages budgétaires plus difficiles. Cela a des implications non seulement pour la défense, mais aussi pour d’autres secteurs tels que l’hôpital et l’enseignement.
Il conclut en suggérant que nous devrons faire des choix difficiles sur la manière dont nous utilisons nos ressources limitées. Par exemple, devons-nous utiliser notre acier pour construire un logement supplémentaire ou un char ?
Des liens entre énergie et mondialisation
Jean-Marc Jancovici aborde l’impact de la mondialisation et de la diminution de l’approvisionnement en énergie sur l’économie. Il explique que la mondialisation a permis de dissocier le lieu de consommation des produits de leur lieu de production. Cependant, cette mondialisation a atteint son apogée au moment du pic de production de pétrole conventionnel et a commencé à décliner depuis.
Jancovici souligne que dans un monde sans pétrole, la mondialisation deviendra difficile à maintenir. Par exemple, il serait difficile de faire fonctionner les grands navires de transport sans combustibles fossiles. Il suggère que dans un tel monde, il serait physiquement plus difficile d’importer en France des matériaux tels que l’acier, le cuivre, l’étain et le plomb, que nous n’avons pas en quantité suffisante.
Il conclut en suggérant que nous devrons faire des choix difficiles sur la manière dont nous utilisons nos ressources limitées. Par exemple, devons-nous utiliser notre cuivre restant pour construire une éolienne ou un char Leclerc ?
Urbanisation et énergie
Jean-Marc Jancovici aborde l’impact de l’énergie sur l’urbanisation. Il explique que l’urbanisation a été rendue possible par l’abondance d’énergie. Par exemple, l’automatisation de l’agriculture a permis de libérer une grande partie de la population pour se consacrer à d’autres tâches, ce qui a entraîné une migration massive vers les villes. De plus, l’abondance d’énergie a permis de transporter des personnes et des marchandises sur de longues distances, ce qui a permis de soutenir des populations urbaines plus importantes.
Jancovici souligne que ce processus d’urbanisation a des implications pour la défense. Par exemple, les villes sont devenues des cibles stratégiques en temps de guerre en raison de leur concentration de population et de richesses. De plus, l’urbanisation a également entraîné une dépendance accrue à l’égard des infrastructures énergétiques, ce qui rend notre système actuel plus vulnérable. Par exemple, sans camions pour transporter de la nourriture, les grandes villes mourraient de faim. Si un ennemi voulait déstabiliser un pays, il lui suffirait de perturber son système d’approvisionnement énergétique.
Le changement climatique expliqué par l’activité humaine
Jean-Marc Jancovici aborde le sujet du changement climatique et ses implications. Il explique que l’espèce humaine modifie à grande vitesse la composition chimique de l’atmosphère, ce qui entraîne une augmentation de l’effet de serre. Cela a pour conséquence de confiner plus d’énergie près du sol, ce qui réchauffe l’atmosphère près du sol et refroidit la stratosphère.
Il souligne que l’augmentation de la différence de température entre le sol et la stratosphère va augmenter la puissance de la convection atmosphérique, ce qui pourrait avoir des implications pour les planeurs militaires.
Jancovici explique ensuite que le dioxyde de carbone, qui est le principal gaz à effet de serre que nous ajoutons à l’atmosphère, est une espèce chimiquement très stable. Il n’a pas de processus spontané d’épuration tant qu’il est dans l’air. Pour que le dioxyde de carbone soit retiré de l’atmosphère, il faut qu’il se trouve au contact du sol, où il peut être retiré par l’action de la végétation avec l’aide de l’énergie solaire, ou par dissolution dans l’eau océanique.
Il souligne que la dérive climatique que nous avons engendrée est irréversible. Même si nous arrêtons les émissions de CO2, une grande partie du surplus de CO2 que nous avons créé restera dans l’atmosphère pendant des milliers d’années. Cela signifie que nous ne retrouverons jamais l’état de l’atmosphère pré-industriel.
Jancovici conclut en suggérant que nous devrons vivre dans un climat instable, ce qui n’est pas favorable à la paix. Il souligne l’urgence de modérer l’ampleur de ce changement climatique.
Les effets possibles des réchauffements climatiques
Jean-Marc Jancovici aborde le sujet du changement climatique et ses implications historiques. Il explique que l’espèce humaine a déjà vécu des changements climatiques majeurs dans le passé. Par exemple, il y a 20 000 ans, lors de la dernière ère glaciaire, le climat était beaucoup plus froid et sec. De grandes parties de l’Europe, comme la Suède, la Norvège, la Finlande, l’Irlande et l’Écosse, étaient couvertes de glace. Le niveau de l’océan était plus bas de 120 mètres en raison de l’eau qui avait été transférée vers les calottes glaciaires.
Jancovici souligne que le réchauffement climatique qui a suivi cette ère glaciaire a permis de transformer les paysages européens. En l’espace de 10 000 ans, le climat s’est réchauffé de 4 à 5 degrés, ce qui a rendu cultivables les moyennes latitudes et a permis à la population humaine de se développer.
Jean-Marc Jancovici explique que le réchauffement climatique que nous vivons actuellement est beaucoup plus rapide et pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves. Il souligne l’urgence de modérer l’ampleur de ce changement climatique.
Jancovici explique que dans un monde qui se réchauffe, une bonne partie des sols vont s’assécher. C’est un paradoxe apparent, car dans un monde plus chaud, il y a plus d’évaporation et donc une capacité accrue de l’atmosphère à transporter de la vapeur d’eau, ce qui devrait entraîner plus de précipitations. Cependant, la majorité de ces précipitations supplémentaires tomberont sur le Pacifique équatorial, où elles sont inutiles pour l’agriculture.
Il souligne que dans un monde qui se réchauffe, il y aura également plus de jours où les conditions extérieures seront potentiellement mortelles pour un individu en bonne santé. Par exemple, dans certaines régions, plus d’un jour sur deux, il sera impossible de sortir à l’extérieur sans risquer sa vie à cause de la chaleur et de l’humidité.
Jancovici conclut en suggérant que ces changements climatiques vont probablement entraîner des mouvements massifs de population, ce qui pourrait augmenter les tensions et les conflits dans de nombreuses régions du monde.
Ce que nous en déduisons
Si on a bien compris l’ingénieur français, les rationnements ne sont pas souhaités par de méchants militants écologistes décroissants et illuminés, mais s’imposeront en conséquence des diverses pénuries qui vont survenir inévitablement.
Nous devons nous préparer à faire face à une multitude de crises : des tsunamis de migrants écologiques, des sécheresses ravageant nos forêts, la disparition conséquente des écosystèmes végétaux et animaux, de mauvaises récoltes, des perturbations majeures des échanges internationaux, sans oublier l’escalade des violences civiles et de l’insécurité. Le rationnement, qui devra s’étendre à tous les domaines – médical, alimentaire, énergétique – ne manquera pas d’exacerber ces tensions et risque de déclencher des conflits susceptibles d’aggraver la gravité des problèmes déjà évoqués.
Il est donc crucial de réfléchir dès à présent à des solutions pour gérer ces enjeux globaux, et ce, de manière soutenue et stratégique : plutôt que de subir brutalement et sous la contrainte un rationnement dans 50 ans, il serait plus judicieux d’organiser dès maintenant des restrictions de manière progressive et démocratique.
Cela nous amène à une question fondamentale : notre monde ne peut-il vraiment pas survivre sans croissance économique ? L’interrogation est légitime quand on prend en compte les multiples défis auxquels l’humanité est confrontée. Le rationnement ne représente en effet qu’une infime partie du problème global.
Conclusion:
Alors que nous tâchons de discerner notre futur dans le brouillard épais de l’incertitude, une certitude s’impose à nous avec une gravité palpable : nous n’avons qu’une cinquantaine d’années devant nous. En théorie, cela pourrait suffire pour orchestrer une transition sur deux générations, permettant un retour graduel à la nature. Mais un tel retour est-il seulement envisageable? Du point de vue humain, il est indubitablement souhaitable, voire indispensable. Mais une question demeure : que se passera-t-il si les sols sont devenus stériles et la majorité des animaux empoisonnés?[1]
Par ailleurs, ce laps de temps pourrait, en théorie, nous permettre de construire des centrales nucléaires pour décarboner notre production d’énergie[2]. Cependant, cette solution ne serait viable que dans un monde où la biodiversité et les écosystèmes seraient préservés. Il ne s’agirait pas de construire des centrales nucléaires pour continuer à vivre dans une opulence démesurée et destructrice, mais plutôt de posséder la capacité de modifier notre modèle de civilisation sans brutalité.
Cette perspective, sombre mais réaliste, éclaire la voie que nous devrions emprunter. Le défi n’est pas simplement technologique ou économique, mais éminemment éthique et philosophique. Il s’agit de repenser notre rapport à la nature, à la consommation, et à nous-mêmes. Il est impératif de comprendre que le temps presse, et que chaque décision prise aujourd’hui façonnera le monde que nous laisserons à nos enfants. Le risque est grand, mais il n’est pas trop tard pour agir. C’est l’appel lancé par Jancovici : prendre la mesure de notre responsabilité, et agir en conséquence, avant qu’il ne soit trop tard.