Dorian Gray et Maldoror : deux figures du mal complémentaires ?
Le Portrait de Dorian Gray et Les Chants de Maldoror de Lautréamont partagent plusieurs points communs, bien que l’un soit un roman à l’élégance vénéneuse et l’autre un poème en prose d’une violence hallucinée.
Voici quelques liens entre ces deux œuvres maudites :
La figure du monstre sous un masque humain
Dorian Gray et Maldoror sont des créatures amorales qui transcendent l’humanité par leur beauté et leur cruauté. Dorian, sous son apparence angélique, cache une corruption absolue, tandis que Maldoror, être hybride et démoniaque, revendique son inhumanité. Les deux personnages incarnent une forme de déshumanisation raffinée, où le mal se pare d’élégance et de mystère.
L’esthétique du mal et du sublime
Wilde et Lautréamont magnifient le mal, mais avec des approches différentes. Là où Maldoror célèbre la monstruosité dans des visions cauchemardesques et démesurées (homme-requin, charniers grandioses, blasphèmes exaltés), Wilde insinue la dépravation sous des dialogues étincelants et des décors feutrés. Deux manières de faire du mal un art : l’une baroque et délirante, l’autre subtile et venimeuse.
La destruction de l’innocence
Dorian Gray et Maldoror sont des corrupteurs. Dorian séduit et pervertit, de Sybil Vane à ses amis londoniens, détruisant tout ce qu’il touche. Maldoror, lui, attaque l’innocence sous des formes plus brutales, s’acharnant contre l’enfance et la pureté divine. Deux figures de la prédation, où le beau cache le pire.
L’immortalité tragique
Maldoror semble éternel, une entité qui traverse le texte en défiant les lois du monde. Dorian, lui, possède un simulacre d’immortalité grâce à son portrait. Mais chez Wilde comme chez Lautréamont, cette éternité est un piège : Maldoror est condamné à errer dans sa folie, et Dorian à voir son âme pourrir dans un tableau inéluctable.
Une rébellion contre Dieu et la morale
Si Les Chants de Maldoror sont un blasphème incandescent contre l’ordre divin et moral, Dorian Gray est un défi plus feutré mais tout aussi subversif. Les deux œuvres s’en prennent aux dogmes : Maldoror insulte Dieu dans des visions cauchemardesques, Dorian défie les lois de la nature en refusant le vieillissement et la conséquence de ses actes. Deux types de rébellion : l’une en hurlements, l’autre en murmures empoisonnés.
En résumé : deux faces d’un même démon
Maldoror et Dorian Gray sont les deux visages du mal littéraire. Lautréamont pousse la perversion et la destruction à l’extrême, dans une transe sauvage et inhumaine. Wilde, lui, en fait un poison délicat, lent, insidieux. Deux descentes aux enfers, deux œuvres fascinantes où le mal devient une œuvre d’art.