The Money Store de Death Grips : Exploration d’un ovni musical
Infos techniques et crédits
Titre : The Money Store
Artiste : Death Grips
Sortie : 24 avril 2012
Durée : 41:23
Label : Epic Records
Distribution : Sony Music Entertainment
Tracklist :
- Get Got – 2:52
- The Fever (Aye Aye) – 3:06
- Lost Boys – 3:06
- Blackjack – 2:21
- Hustle Bones – 3:11
- I’ve Seen Footage – 3:25
- Double Helix – 2:40
- System Blower – 3:48
- The Cage – 3:31
- Punk Weight – 3:26
- Fuck That – 2:37
- Bitch Please – 2:57
- Hacker – 4:35
Enregistrement : principalement réalisé dans l’appartement de MC Ride et Zach Hill à Sacramento, Californie
Genre : fusion de hip-hop expérimental, musique industrielle, noise, et de punk
Pochette : une illustration en noir et blanc dessinée par Sua Yoo, représentant une scène inspirée des codes BDSM, reflet de l’esthétique provocante du groupe.
Équipe artistique :
- Stefan Burnett (MC Ride) : Chant
- Zach Hill : Batterie, production
- Andy Morin (Flatlander) : Synthétiseurs, production
- Équipe technique :
- Production intégralement réalisée par Zach Hill et Andy Morin.
- Enregistrement et mixage : réalisé en interne par le groupe, dans des conditions DIY pour conserver une approche brute et sans concession.
Particularités :
- The Money Store est reconnu pour son esthétique sonore abrasive, mélangeant des percussions frénétiques, des basses distordues et des samples chaotiques.
- L’album marque la première collaboration du groupe avec une major (Epic Records), ce qui a surpris la scène indépendante.
L’actualité de Death Grips à l’époque
En 2012, Death Grips a connu une année particulièrement intense et prolifique. Après la sortie de leur premier album studio, The Money Store, en avril, le groupe avait initialement prévu une tournée internationale pour promouvoir cet opus. Cependant, à la surprise générale, ils ont annulé l’ensemble des dates prévues afin de se concentrer sur l’enregistrement de leur deuxième album, No Love Deep Web. Cette décision audacieuse a suscité des réactions mitigées parmi les fans et les critiques, certains saluant leur dévouement à la création musicale, tandis que d’autres déploraient l’absence de performances live.
En octobre 2012, Death Grips a de nouveau défié les conventions en décidant de diffuser gratuitement No Love Deep Web sur Internet, sans l’accord de leur label de l’époque, Epic Records. Cette initiative a entraîné la fermeture temporaire de leur site web par le label et, finalement, la fin de leur collaboration avec Epic Records. Malgré ces turbulences, le groupe a continué à innover et à surprendre, consolidant ainsi sa réputation d’entité rebelle et imprévisible dans le paysage musical contemporain.
Parallèlement, en 2012, la scène musicale a été marquée par des sorties notables d’autres artistes expérimentaux et avant-gardistes. Par exemple, le groupe Swans a sorti l’album The Seer, une œuvre monumentale saluée pour sa profondeur et son intensité. De même, Flying Lotus a publié Until the Quiet Comes, un album fusionnant jazz, électronique et hip-hop, qui a élargi les horizons du genre. Ces sorties, aux côtés de celles de Death Grips, ont contribué à redéfinir les frontières de la musique expérimentale au début des années 2010.
Les morceaux du disque
1. Get Got
Le morceau d’ouverture plante immédiatement le décor : rythmes syncopés, nappes synthétiques distordues et une interprétation frénétique de MC Ride. Les paroles cryptiques semblent exprimer un mélange de paranoïa et de résignation face à une société oppressante. C’est un titre accrocheur, malgré sa complexité, qui offre une entrée en matière parfaite dans l’univers chaotique de The Money Store.
2. The Fever (Aye Aye)
La tension monte avec ce titre où des beats claquants et des textures électroniques bruitistes viennent soutenir des couplets scandés. MC Ride y dépeint une agitation intérieure proche de la crise existentielle. Le refrain répétitif amplifie l’urgence du morceau, en écho à une fièvre collective.
3. Lost Boys
Dans ce titre, les percussions lourdes et les lignes de basse grondantes dominent, créant une atmosphère oppressante. Les « lost boys » peuvent être interprétés comme des outsiders, des âmes errantes dans un monde sans repères.
4. Blackjack
Un des morceaux les plus brutaux de l’album, porté par une rythmique quasi martiale et une énergie punk. MC Ride y hurle des fragments de phrases, renforçant le sentiment d’aliénation et d’agression.
5. Hustle Bones
Avec son refrain mémorable (« Hustle bones comin’ out my mouth »), ce titre frappe par son mélange de beats fracassants et de textures électroniques abrasives. La répétition hypnotique des paroles accentue une impression de boucle infinie et frénétique.
6. I’ve Seen Footage
Probablement le morceau le plus accessible de l’album, ce titre aux accents electro-punk combine des paroles évoquant la sursaturation médiatique et une ligne rythmique inspirée du dance-punk. L’une des rares chansons où Death Grips flirte avec le potentiel « dansant ».
7. Double Helix
Avec ses basses grondantes et sa structure déconstruite, ce morceau illustre l’approche expérimentale de Death Grips. MC Ride semble explorer des thèmes liés à la biologie et à la manipulation, bien que les paroles restent volontairement ambiguës.
8. System Blower
Comme son titre l’indique, ce morceau est conçu pour faire trembler les enceintes. La production saturée et la voix criée de MC Ride donnent l’impression d’un assaut sonore, à mi-chemin entre la musique industrielle et le punk hardcore.
9. The Cage
Les rythmes plus lents et l’ambiance claustrophobique du morceau évoquent une introspection désespérée. La voix de MC Ride, presque chuchotée par moments, contraste avec les éclats sonores de la production.
10. Punk Weight
Un titre frénétique, où des beats éclatés et des bruitages dissonants accompagnent les cris viscéraux de MC Ride. Le morceau est une parfaite illustration de l’énergie punk de l’album.
11. Fuck That
Ce titre à la structure minimaliste repose sur des percussions martelantes et des synthétiseurs saturés. L’attitude rebelle et nihiliste du groupe y est particulièrement évidente.
12. Bitch Please
Une des compositions les plus chaotiques de l’album, où MC Ride semble littéralement exploser sur un flot de bruits discordants. C’est un cri de révolte contre tout et rien à la fois.
13. Hacker
Clôturant l’album en apothéose, Hacker est une déclaration d’intention : MC Ride s’affirme comme une figure d’anti-héros dans un monde hyperconnecté. Les paroles regorgent de références culturelles, et la production, tout en restant abrasive, est plus structurée. Une fin puissante qui laisse l’auditeur désorienté mais captivé.
La place du disque dans la discographie de Death Grips et dans la scène musicale
Dans la discographie de Death Grips
The Money Store représente une étape charnière pour Death Grips. Bien que précédé par la mixtape Exmilitary en 2011, ce premier album studio marque leur passage à une diffusion plus large grâce à leur signature avec Epic Records, une major inattendue pour un groupe aussi radical. Cet album a solidifié leur statut d’innovateurs dans le paysage musical contemporain, tout en établissant leur style unique : un mélange abrasif de hip-hop, punk, noise et musique industrielle.
L’album a également ouvert la voie à une série de décisions artistiques audacieuses et controversées, comme l’annulation de leur tournée pour travailler sur No Love Deep Web et leur rupture tonitruante avec Epic Records la même année. Avec du recul, The Money Store est souvent considéré comme leur œuvre la plus accessible, bien qu’elle reste intensément expérimentale.
Dans la scène musicale
En 2012, The Money Store s’inscrit dans une époque où les frontières entre les genres musicaux s’effacent de plus en plus. Death Grips s’est distingué par sa capacité à transcender les attentes traditionnelles du hip-hop tout en incorporant des éléments de punk et de musique électronique. Cet album a influencé de nombreux artistes explorant les limites du son et du genre, des rappeurs expérimentaux comme JPEGMAFIA à des projets noise ou industriels plus récents.
Par ailleurs, l’énergie brute et l’approche « DIY » du groupe ont été une réponse à une industrie musicale de plus en plus aseptisée. Alors que des artistes comme Kanye West avec Yeezus ou Danny Brown avec Atrocity Exhibition ont également flirté avec des sons abrasifs, Death Grips a repoussé ces limites à un niveau encore plus extrême.
The Money Store est souvent cité comme l’un des albums marquants de la décennie 2010, acclamé par des publications comme Pitchfork, The Needle Drop ou encore NME. Il a contribué à démocratiser une approche plus brutale et expérimentale du hip-hop, tout en introduisant une dimension quasi apocalyptique dans ses thématiques et son esthétique sonore.
Quand écouter cet album ?
The Money Store n’est pas un disque que l’on écoute passivement ou en fond sonore. Il s’impose à vous, brutalement, et transforme toute expérience quotidienne en un chaos frénétique. Voici quelques suggestions (décalées) sur les moments idéaux pour le savourer :
- Le matin : Vous avez besoin d’un électrochoc pour sortir du lit et affronter une journée particulièrement difficile ? Lancez The Money Store dès que vous ouvrez les yeux. Les beats destructeurs de « Get Got » ou « Hustle Bones » vous feront bondir hors de vos draps comme si votre vie en dépendait.
- Pendant un trajet en transport public bondé : Coincé dans une foule de visages fatigués ? Mettez vos écouteurs, augmentez le volume et laissez « I’ve Seen Footage » transformer ce trajet banal en un clip hallucinatoire où tout semble dérailler.
- Avant une compétition ou un examen : Vous cherchez un boost d’énergie agressive pour vous motiver ? The Money Store peut devenir votre carburant mental. Attention toutefois, cela risque d’effrayer vos collègues si vous commencez à marmonner « System Blower » dans les couloirs.
- Dans une soirée underground : Si vous organisez une soirée entre amateurs de musiques expérimentales, ce disque est le choix parfait pour dynamiter l’ambiance. « Hacker » en fin de set est le genre de morceau qui fait éclater les limites de la fête.
- Un moment introspectif du soir : Si votre introspection prend des tournures chaotiques, The Money Store peut devenir la bande-son idéale pour explorer vos pensées les plus obscures, accompagné par les nappes oppressantes de « The Cage » ou « Double Helix ».
En résumé, The Money Store est un album pour les auditeurs qui aiment repousser leurs limites, s’immerger dans le chaos et transformer l’ordinaire en un tourbillon d’intensité sonore. À éviter si vous cherchez à vous détendre… mais parfait pour tous ceux qui veulent réveiller leurs instincts les plus primitifs.
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