Akercocke : le blasphème en costume trois pièces
Dans la grande procession des groupes de metal qui se prennent pour des messies, Akercocke a au moins eu le mérite de venir en costume. Formé à Londres en 1997, ce groupe mêle black metal, death technique et passages progressifs avec la ferveur d’un prêtre sataniste à la retraite reconverti en directeur artistique. Akercocke fait figure d’ovni classieux dans un genre souvent caricatural : des riffs savants, des rythmiques abrasives, un propos anti-chrétien assumé et un goût du contraste qui ne se dément jamais. Ni poseurs, ni prophètes : des musiciens brillants qui veulent déranger avec panache.
Biographie : de Salem Orchid à la reformation
Tout commence à Londres, quand Jason Mendonça (chant, guitare) et David Gray (batterie) relancent un duo déjà croisé dans un groupe de death metal plus ancien, Salem Orchid, séparé en 1992. Le groupe se fonde officiellement en 1997. Premier album en 1999, Rape of the Bastard Nazarene, sorti en autoproduction : le titre donne le ton.
Suivent The Goat of Mendes (2001, Peaceville), classé quatrième du palmarès de l’année du magazine Terrorizer, puis Choronzon (2003, Earache), élu meilleure sortie metal de l’année par ce même Terrorizer. En 2005, Words That Go Unspoken, Deeds That Go Undone est le premier disque sans la formation d’origine : le guitariste Matt Wilcock remplace Paul Scanlan, remercié après avoir co-écrit l’essentiel des morceaux. Antichrist paraît en 2007.
Puis le groupe s’éteint doucement, et la séparation est actée en 2012. Elle ne dure pas : en avril 2016, un site officiel ouvre, une reformation est annoncée et un retour sur scène est programmé au Bloodstock Open Air. Renaissance in Extremis sort le 25 août 2017, premier album complet depuis dix ans. Le groupe est depuis marqué par un deuil : son bassiste Federico Benini, en poste depuis 2019, est mort en mai 2026 au large de la Colombie.
Les albums à connaître
S’il fallait enfermer Akercocke dans un seul cercueil capitonné de velours noir, ce serait Words That Go Unspoken, Deeds That Go Undone. Un titre à rallonge comme un sortilège, un disque qui oppose growls et chant clair, blast beats et passages délicats. « Verdelet », « Shelter from the Sand » ou « Eyes of the Dawn » s’y enchaînent. À sa sortie, le site Chronicles of Chaos lui a mis 9,5 sur 10 et Stylus Magazine un B+.
Choronzon (2003) est l’autre pièce maîtresse : Terrorizer y voyait « l’album le plus inventif d’Akercocke à ce jour ». On y croise « Leviathan » et « Son of the Morning », deux titres qui disent assez le programme.
Renaissance in Extremis (2017) est le retour : un groupe qui revient sans refaire le disque d’avant.
Un style fondé sur le contraste
Le black metal pour la furie, le death technique pour la précision, un goût du progressif pour la structure : Akercocke ne se résume pas, il s’infiltre. Sa marque de fabrique, c’est le contraste. Le chant de Jason Mendonça passe du growl au chant clair, froid, presque new wave. Les guitares tricotent des passages brutaux et des harmonies plus sombres que rageuses. Et le groupe monte sur scène en costume sombre, au grand déplaisir, à l’époque, d’une partie du public de l’extrême.
Ce raffinement ne doit pas faire oublier l’essentiel : la musique cogne. C’est cérébral, mais c’est aussi viscéral.
Une réception à part
Trop raffiné pour une partie des puristes, trop radical pour le grand public : Akercocke a toujours eu une place à part. Le groupe a aussi fait parler de lui hors de la musique. En 2007, lors de la tournée d’Antichrist, le caractère anti-chrétien de sa musique a suscité une polémique en Irlande du Nord, jusqu’à un passage dans un débat télévisé de la BBC. En 2023, le live Decades of Devil Worship a rappelé que la scène reste son terrain.
Pour prolonger
Akercocke a des cousins sur le site. Même goût pour l’expérimentation baroque et la dissonance chez Igorrr : Poisson Soluble : quand Igorrr réinvente la musique.
Pour élargir la réflexion sur les croisements de styles, Body Count : pionniers de la fusion rap et métal ou Black Metal : histoire, esthétique et philosophie d’un genre radical.
Côté dandysme noir, Dorian Gray et Maldoror : deux figures du mal complémentaires ? fait écho à l’élégance macabre du groupe.
Pour la discographie complète et les line-ups : Encyclopaedia Metallum.
